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Matoub Lounès

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L’anti-berbérisme criminel au bout de l’intégrisme politique

photo-matoubLe 20 avril 1998, quelques jours avant l’assassinat du chanteur, la manifestation du printemps berbère fut interdite à Alger. L’ex-président de la république, Zéroual, se proclamant partisan de la prise en charge de Tamazight, pendant sa campagne électorale, est revenu sur ses promesses, après son élection. L’élan de panique du pouvoir est tel qu’il assène une interpellation juridique à Matoub, suite à la sortie de son dernier album où il a repris l’hymne national en Kabyle, dénonçant avec force le racisme anti-kabyle du régime. Dans la même précipitation, une loi concoctée à la va-vite, par l’assemblée nationale, sur la généralisation de la langue nationale, allait entrer en vigueur le 5 juillet 1998 (quoi de mieux pour remplacer la date historique de l’indépendance de l’Algérie par la naissance de l’Etat algérien arabe !)… Entre-temps, le 25 juin, Matoub Lounès fut assassiné, en Kabylie

Le monolinguisme arabe et le rattachement culturel de l’Algérie à la « civilisation arabo-musulmane » a toujours été la priorité des priorités de tous les pontes du régime, et ce, depuis 62 à nos jours. Le premier geste criminel –et non des moindres – commis contre la berbérité de l’Algérie, a été l’œuvre de Ben Bella (cet éternel opposant au Congrès de la Soummam, et qui a essayé, en vain, de salir la mémoire d’Abane Ramdane) qui fit fondre l’unique alphabet berbère, entreposé à l’imprimerie nationale.

 

Le disciple le plus zélé (Ben bella) du théoricien du nationalisme arabe (Gamal Abdelnacer), intronisé à la tête du pays par le l’armée des frontières, ne tarde pas à mettre en œuvre sa politique d’exclusion, pour réaliser son Algérie arabe. Pour ce faire, deux populations doivent disparaitre : les Berbères et les Pieds noirs. Il expulse les seconds, et entame une réhabilitation utopique d’une Algérie arabo-musulmane pour noyer l’identité berbère : arabisation tous azimuts, propagande séparatiste contre les Kabyles, maintien de ces derniers hors des postes à responsabilités etc. Boumédiène, puis Chadli continuent l’œuvre de dénaturalisation de la société algérienne, en ressassant un discours nationaliste, fanatique et incantatoire –où sont martelés les effets pervers du colonialisme français, notamment son impérialisme linguistique, maintenu par le Hizb frança (entendre les kabyles)-, avec, en parallèle, un arsenal juridique coercitif institué.

 

Le mouvement populaire d’avril 80, par son ampleur et sa détermination, a ébranlé pour toujours les fondements despotiques de ce pouvoir inique, rentier et népotique. Son règne tyrannique a pris fin. Témoins les émeutes d’octobre 88. Le Pouvoir aux abois, amende la constitution de l’article 40 qui permet la création d’associations à caractère politique. Depuis, si le pouvoir a reculé dans son obsession à régenter les esprits, il excelle dans les manœuvres politiciennes pour assoir sa pérennité. Et bien des partis ou des mouvements politiques, des associations culturelles, des personnalités politiques, artistiques etc. sont tombés –et continuent de tomber- dans son jeu, alléchés par telle situation enviable, ou par tel avantage ou privilège : la dernière « élection » de Bouteflika en est un exemple éloquent, de par la campagne de soutien dont il a joui en Kabylie, par des individus sans scrupules, . Le pouvoir n’impose plus rien, il s’acharne à neutraliser toute action, de masse ou individuelle, allant à l’encontre de son ambition de s’accaparer toujours les rennes du pays, par sa stratégie préférée : la corruption.

 

A ce tire l’assassinat de Matoub, à l’instar de toutes les exécutions de nombres d’intellectuels, de femmes et hommes de culture, ne peut entrer dans la logique, trop banalisée, du crime islamiste. Matoub n’était pas homme à corrompre. Il avait des principes, une conviction inaliénable dans son combat qu’il savait légitime. Il avait un sens inné de l’honneur « ennif », qui avait toujours guidé ses actions, et imprégné ses propos. Cela (l’honneur) n’a jamais été pour lui un étendard qu’il brandissait au gré des situations qu’il traversait (pourtant il avait connu des hauts et des bas). Toujours à la pointe du combat identitaire (même avec des béquilles), il impulsait l’ardeur et le courage. Et s’il était, de par son rôle de rassembleur, souvent au devant de la scène, il ne s’est jamais  autoproclamé guide, ou leader. Il s’astreignait à son rôle d’artiste engagé de grande aura populaire, et laissait la place de leader politique à la personne compétente, qui serait plébiscitée par les populations kabyles. Car pour Matoub, l’ « ennif », c’est aussi l’engagement dans la modestie : le culte de la personnalité tue l’union.

 

Dans ses chansons, le thème de l’union des Kabyles revient souvent et avec acuité. Dans ses interviews aussi. En artiste lucide, Matoub ne s’est, à aucun moment de son combat, exprimé en tant que porte-parole d’un peuple, mais en tant que serviteur d’une cause, dont il est un fervent défenseur.

 

Il est évident, avec l’aura qu’il avait, la ferveur populaire qu’il suscitait, car adulé par toute une région, la Kabylie, ses revendications d’une Algérie multiculturelle et multiconfessionnelles qui ne souffrent d’aucune ambiguïté, agaçaient plus le pouvoir que ne dérangeaient les islamistes.

 

« Je ne suis ni Arabe ni Musulman », clamait-il de son vivant, sans aucun complexe. Par cette déclaration, Matoub n’a rien révélé d’exceptionnel. Il a dit tout haut ce que la majorité de ses compatriotes pense tout bas. La différence c’est que c’était dit par Matoub et non par le commun des Algériens. Matoub avait (et a toujours) un impact incommensurable sur des millions de compatriotes. D’où le « danger » pour le pouvoir. Dites par une idole du peuple, ces paroles, qui représentaient l’un des principes de son combat démocratique, remettraient, inéluctablement en cause, l’unicité de la langue et de la religion en Algérie.

 

Le 20 avril 1998, quelques jours avant l’assassinat du chanteur, la manifestation du printemps berbère fut interdite à Alger. L’ex-président de la république, Zéroual, se proclamant partisan de la prise en charge de Tamazight, pendant sa campagne électorale, est revenu sur ses promesses, après son élection. L’élan de panique du pouvoir est tel qu’il assène une interpellation juridique à Matoub, suite à la sortie de son dernier album où il a repris l’hymne national en Kabyle, dénonçant avec force le racisme anti-kabyle du régime. Dans la même précipitation, une loi concoctée à la va-vite, par l’assemblée nationale, sur la généralisation de la langue nationale, allait entrer en vigueur le 5 juillet 1998 (quoi de mieux pour remplacer la date historique de l’indépendance de l’Algérie par la naissance de l’Etat algérien arabe !)… Entre-temps, le 25 juin, Matoub Lounès fut assassiné, en Kabylie.

Par qui ?

 

Question lancinante ! Le pouvoir avait à gagner en supprimant l’une des voix les plus écoutées et les plus crédibles en Kabylie. Mais, ceux, Kabyles comme le chanteur, à qui il faisait de l’ombre par son immense popularité et la sincérité de son combat, alors que ces derniers ne concevaient le combat kabyle que comme un tremplin pour arriver à concrétiser leurs ambitions personnelles, étaient à l’affut des mauvais coups. Sans les complicités kabyles, le pouvoir ne pouvait abattre Matoub, sur le sol kabyle. Et je souscris pleinement à cette à déclaration de mon ami journaliste et écrivain, Youcef Zirem : « La grande hypocrisie continue : on rend hommage à Matoub Lounes(…) mais on ne désigne pas ses assassins que presque tout le monde connait pourtant …»

 

Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui le commun des Kabyles sait que le grand Matoub est sacrifié sur l’autel des enjeux politiques, et des ambitions personnelles (tout comme Abbane Ramdane, Ouali Benai…) L’intégrisme politique, mode de gouvernance du régime algérien, a toujours exploité les ambitions démesurées des opportunistes serviles pour tisser des alliances criminelles.

 

Une chose rassure : la postérité de l’enfant d’Ait Douala ne sera pas la même que celle de ceux qui l’ont exécuté, ou qui ont aidé à son exécution… Il est rentré dans l’histoire des grands hommes, tant-dis que ces derniers n’auront pas du tout de postérité. Car la vérité les trahira un jour.

 

En attendant, l’hommage à Matoub (ainsi qu’à tous ceux qui ont payé de leur vie leur engagement dans le combat identitaire et démocratique) doit être permanent : continuer le combat dans la fidélité de leurs principes.

 

Ahcène Bélarbi

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